Reconstruire Delille

 

 

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Présentation générale

Soutenu par le Fonds national suisse pour la recherche, le projet Reconstruire Delille entend remettre en lumière le poète français Jacques Delille (1738-1813).

Porté aux nues des années 1770 à la fin de l’époque napoléonienne, diffusé dans toute l’Europe, puis transformé en contre-modèle par le romantisme, Delille est graduellement sorti du canon au fil du XIXe siècle. Célébrée par Voltaire, annotée par Cuvier, censurée par Napoléon, illustrée par Girodet, conspuée par Sainte-Beuve ou Francis Ponge, parodiée par Flaubert ou Balzac, son œuvre se trouve à la charnière des esthétiques de l’Ancien Régime et de la modernité. Elle soulève des enjeux passionnants en matière d’histoire littéraire, de conception de la poésie ou encore de relations entre lettres et sciences, et elle a joué un rôle considérable et désormais sous-estimé dans la culture française et européenne des XVIIIe et XIXe s., avec des prolongements jusqu’à Jean Paulhan, pour qui le « faible » du poète était… « qu’on l’ait tellement imité ».

Le projet lie étroitement deux approches :

D’une part, l’équipe produira la première édition scientifique des poèmes de Delille et d’une sélection d’autres œuvres, dans une approche attentive à l’histoire éditoriale des textes, à leurs enjeux contextuels et poétiques, et aux altérations dont ils ont fait l’objet.

D’autre part, l’équipe procèdera à une reconstruction de la réception de Delille, des premières œuvres aux années 1900, avec deux objectifs :
- montrer que la poésie de Delille a intégré dans sa genèse comme dans sa présentation matérielle des formes de dialogue avec ses récepteurs ;
- tenter de comprendre la dynamique de canonisation puis de rejet dont il fait l’objet. À cette fin, nous mobiliserons les outils usuels des études littéraires et les approches de l’histoire des réseaux pour examiner les vecteurs de diffusion de ses textes dans le reste du champ culturel, pour analyser l’usage et l’enjeu de ses reprises, ainsi que les éloges ou attaques qui les accompagnent – autant de résultats voués à enrichir l’édition critique. Mais la collecte de nombreuses formes de références faites à Delille, que facilitent les vastes corpus en ligne accessibles à des recherches automatisées, doit aussi nous permettre de proposer une modélisation de masse de cette diffusion, tant pour affiner sa périodisation et ses variations disciplinaires (la place du poète n’est pas la même dans les manuels scolaires, chez d’autres poètes, chez des savants, etc.) que pour proposer à la communauté scientifique une étude de cas transposable à d’autres phénomènes de vogue et déclin.

Tout en relevant au premier chef de l’histoire littéraire et de la théorie critique, le projet comporte donc une forte dimension interdisciplinaire : il s’inscrit dans le champ des digital humanities et dialogue avec l’esthétique (arts visuels et paysagers) et l’histoire des sciences et des techniques, en raison de la place que ces thèmes occupent dans l’œuvre de Delille.

Équipe

Requérant principal : Hugues Marchal, Professeur assistant de littérature, Université de Bâle
Co-requérante : Claire Jaquier, Professeur de littérature, Université de Neuchâtel

Isabelle Chariatte-Fels, Docteur ès lettres, chargée de cours au séminaire d’Études françaises de Bâle
Muriel Louâpre, Maître de conférences en littérature, Université Paris-Descartes
François Raviez, Maître de conférences HDR en littérature, Université d’Artois
Nathalie Vuillemin, Professeur assistante de littérature, Université de Neuchâtel
Nicolas Wanlin, Maître de conférences en littérature, Université d’Artois

Timothée Léchot, Post-Doc
Nicolas Leblanc, Doctorant
Sarah Diane Braemer, Assistante de recherche

Comité consultatif :
Alexandre Gefen, Chargé de recherches, CNRS (UMR 8599, Paris-Sorbonne)
Gilles Philippe, Professeur de linguistique, Université de Lausanne
Stéphane Zékian, Chargé de recherches, CNRS (UMR LIRE, ENS Lyon)